Expo-design-culinaire
Author

Raphaelle

Date

30 juin 2020

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Rencontre avec Alexandra Roudière, créatrice d’expérience design (designer culinaire)

Pour commencer, peux-tu nous présenter un peu ce que tu fais et quel est ton parcours ? 

Mon travail est assez protéiforme, il s’inscrit dans une recherche plastique, expérimentale et participative dans le monde du culinaire. Je suis très attachée à la matière alimentaire, à l’histoire des matériaux associée au savoir faire, les souvenirs produits, la transmission et les interdits.

À partir de ce postulat, l’univers culinaire permet de raconter, d’aborder des usages, rituels pour déplacer les modèles actuels et déployer du design prospectif, identitaire ou aborder un projet artistique. La manière de restituer mon travail est multiple : 

– Des dispositifs scénographiques ou actes performatifs en fonction de l’appel à projet. Exemple : 

. Au MAAP, Musée d’Art et d’Archéologie de Périgueux, dans le cadre du festival ExPoesie mars 2020. 

. La scénographie d’expériences alimentaires pour le festival du raisin et des vignes au parc du Sausset ( 2019 et 2018),…. : performances participatives, installation culinaire et collaborative : « Manger le parc », hommage à Michel Corajoud. 

. Pièce culinaire, anniversaire au Musée Maillol, Paris . Également différents banquets scientifiques : au 104 « pillages et gaspillage », les halles Boulingrin à Reims pour le centenaire de la Guerre 14/18, le Palais de Tau, salle de réception dans la cathédrale de Reims sur la Gastronomie et Diplomatie Française… 

. Performance sur « Archéologie du geste culinaire » pour l’exposition « Manger » à la galerie mémoire de l’avenir 

. Exposition : le Via, Le Lieu du Design à Paris, Emmaüs centre culturel paris… 

– Des ateliers avec méthode design thinking pour amener une équipe à déployer une singularité : 

. L’Oréal ( mais chut…c’est de l’innovation autour du geste / matière et identité de marque ). 

. Création culinaire et performative avec un groupe de femmes victimes de féminicide aux Plateaux Sauvages – Paris avec la photographe Myriam Tirel… projet reconduit en juillet 2020… 

. Création et atelier d’herbiers alimentaires dans le cadre du programme régie Nature du Muséum de Paris pour le conseil général du 93 en 2019. . Workshops en école d’art, de mode ou de communication. Actuellement je travaille sur un projet Food Fashion section Licence en communication visuelle chez Itecom Paris … 

– Des créations artistiques formats résidence avec la galerie Mémoire de l’avenir / paris qui produit des projets interculturels pour lutter contre les discriminations, les stéréotypes et les préjugés : 

. Actuellement, je travaille avec un atelier d’apprenants et une linguiste à La Maison du Bas Belleville, pour transposer les révoltes sociales en objets artistiques/ culinaires. 

. Centre culturel Grec en Egypte, le Beaux art de Beyrouth au Liban ou Le laboratoire Booze Cooperativa à Athènes… 

– Prochainement : 

. Une installation immersive sur « héritage et partage culinaire » pour l’inauguration du premier espace cofooding public dans le département du 93, prévue pour juin 2020 mais décalée par raison. 

. Création performative avec des femmes victimes de féminicide 

. Une création culinaire pour le festival du film de l’alimentation en automne prochain.

Une définition du design culinaire ?

Il est difficile de définir cette discipline. Le design signifie donner forme et porter un dessein. Le designer propose des formes et expérimente de nouveaux usages, produits et agencements. Par extension, le design culinaire questionne le comestible ; il peut investir les arts de la table, aborder les rituels, usages, expérimenter la matière alimentaire et accompagner la redéfinition d’un territoire ou bien des stratégies industrielles. Il œuvre par l’exploration, il déconstruit, déplace et pollinise par différentes entrées le monde du culinaire.

Ainsi le design culinaire produit de l’inédit et féconde de nouvelles pratiques, matérialisant, dessinant les expériences et pratiques d’une époque

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Qu’est-ce qu’une food artiste? 

Certains artistes regardent l’état du monde en s’approchant de l’univers alimentaire. L’origine de l’aliment, la transformation de la matière, la transmission, les saveurs, la perte des savoirs, la fabrique des déchets ; faire, manger, fêter, se souvenir,…tout cela ouvre, produit de nouveaux dispositifs plastiques voir comestibles. Éprouvez autrement ses substrats, produire du non sens, ou des agencements critiques. Un artiste n’est pas là pour apporter des solutions, son rôle est de cheminer, de se raconter. Le travail de l’artiste est un corps sensible, il témoigne, exprime l’agitation des mondes.

Comment en es-tu arrivé à exercer ce métier ? 

Après des études en aménagement du territoire, à l’ENSAPC, École Nationale Supérieure d’Art de Paris Cergy, réalisée des résidences à l’étranger : Liban, Grèce, Égypte, Roumanie…, un post diplôme en Design Culinaire à l’ENSA de Reims, encadré par Marc Brétillot et Patricia Ribault ; mon travail s’inscrit dans l’anthropologie culinaire et la démarche performative pour développer des scénarios sensibles et comestibles.

J’ai un matériau : le savoir faire alimentaire ; riche, dense, toujours unique et universel à la fois. Je l’étudie, le dénote et le fait mien, ainsi j’approche d’autres cultures par le maillage des savoir faire. En apprenant, en retirant la matière alimentaire, mon geste culinaire est devenu une fresque gestuée, une chorographie. J’ai retranscrit, déployé cette matrice pour produire des performances culinaires.

Mon travail consiste à être au plus prés du réel pour questionner l’immatériel, produire du sens commun ; design ou art, la frontière m’importe. Du geste culinaire au geste dansé, ce glissement dessine un corps sensible et révèle un corps social. 

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Pour finir, parle nous un peu de ton dernier projet… 

Le denier projet était une commande du festival Exposition par Hervé Brunaux, directeur du festival, critique et écrivain. J’ai réalisé une exposition prolongée par 3 performances en 3 lieux dans Perigueux.

Cette installation – aliment s’inspire des 4 tableaux « Les noces de Nastagio degli Onesti », produit en 1483 par Botticelli, évoquant le recueil Décaméron de Boccace. Ce recueil décrit un groupe de jeune gens échappé de Florence et isolé à la campagne, alors que la peste noire se déploie en Italie du Nord. Florence est mise en quarantaine. Le Décaméron raconte les galanteries de l’amour, allant de l’érotique au tragique. C’est l’un des premiers livre réservé aux femmes qui révèle la condition tragique féminine de l’époque.

L’exposition donne à voir une succession de gestes et de postures d’hommes et de femmes. Lors des préparatifs d’un banquet, ce corpus incarne une fresque vivante, violente pour célébrer des noces. Les dessins grands formats répondent à des troncs sucrés, des pièces montées affaissées faites en bonbons, comme une architecture évolutive et organique.

Au Moyen Âge, le sucre est perçu comme un remède, vendu chez les apothicaires pour adoucir les mœurs. Progressivement, se met séduisant, envoûtant devient le témoin culturel et culinaire des attitudes démesurées. Consommé hors des repas, la friandise, l’acte de gourmandise, le trop de sucre dérange les humeurs, réveille le bas ventre. L’art de la table viendra tolérer cet excès pour produire de la convivialité, éponger l’amour. Le sucre, ce matériau transparent, savoureux, transformé, sophistiqué, régressif, est un corps tangible. Il est le reflet d’une époque contrainte, fixée dans une résine édulcorée ; accompagnée de 3 performances en 3 lieux distincts : 

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– Performance pour l’inauguration de l’ouverture du festival à la Visitation 

– Performance au musée d’art et d’Archéologie de Périgueux, le MAAM 

– Performance sur les Quais de la Gare, soirée privée et inaugurale pour les partenaires du festival.

Après chaque performance, mon corps est un établi, une masse de sucre est chauffée et travaillée pour montrer comment la matière apprivoise, domine, étrangle et coince notre état. Le public est invité à déguster des nougatines pour éprouver la matière : craquant, fondant et collant par la mise en bouche. 

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Les Noces, exposition du 11 au 30 mars 2020 ; mise au confinement le dimanche 15 mars 2020.

Alexandra Roudière
Food Happening – Food prospective design
0 83 35 08 16
minilux_art@yahoo.com http://alexandraroudiere.blogspot.com/

Author

Raphaelle

Date

30 juin 2020

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